Kinshasa veut-elle enfin tourner la page des immondices ? Dans les rues de la capitale congolaise, un nouveau visage de l’État s’affiche désormais, celui des « bâtisseurs » du Service national, déployés pour traquer les déchets, libérer les emprises publiques et redonner de l’ordre aux principales artères de la ville. Après plusieurs opérations et initiatives dont les effets n’ont pas toujours résisté au temps, le président Félix-Antoine Tshisekedi a décidé de placer le Service national au cœur d’une nouvelle stratégie d’assainissement de Kinshasa.
Cette décision a été prise lors du Conseil des ministres du 29 mai 2026, à la suite de nouvelles descentes du chef de l’État dans la capitale. Le compte rendu officiel faisait alors état d’une situation d’insalubrité jugée persistante et appelait à une approche plus rigoureuse, fondée notamment sur la discipline, la responsabilité collective, la culture du résultat et une meilleure coordination des interventions. Le choix du Service national n’est donc pas anodin, il traduit une volonté présidentielle de privilégier une structure disposant d’une organisation fortement disciplinée et d’une capacité de mobilisation rapide sur le terrain.
Le passage à l’action a été rapide. Le 15 juillet, les « bâtisseurs » du Service national ont commencé leur déploiement dans le district de la Tshangu, notamment sur l’axe reliant l’échangeur de Limete à l’aéroport international de N’djili. Les opérations portent sur plusieurs fronts, notamment le nettoyage des chaussées et des emprises publiques, évacuation des immondices, curage des caniveaux, organisation des espaces réservés aux usagers et lutte contre certaines occupations anarchiques.

Sur le terrain, le changement est immédiatement perceptible sur certains points. Des déchets sont évacués, des espaces publics dégagés et des emprises jusque-là occupées par des vendeurs ou des activités informelles sont libérées. Le 17 juillet, soit deux jours après le lancement des opérations, Félix Tshisekedi s’est lui-même rendu sur le boulevard Lumumba pour constater l’avancement du travail. De Quartier 1 à Debonhomme, en passant notamment par la place Pascal et le marché de la Liberté, le président a pu observer le dispositif déployé par les équipes du Service national. La Présidence a fait état de sa satisfaction devant les premiers résultats.

Dans plusieurs quartiers concernés, l’arrivée des « bâtisseurs » semble avoir produit un effet psychologique immédiat. Des habitants interrogés ont salué la rapidité des interventions, notamment la disparition de certaines immondices, la libération des espaces publics et l’amélioration de la circulation sur certains tronçons.

Reste désormais à savoir si cette transformation pourra s’inscrire dans la durée et si les « bâtisseurs » pourront contribuer non seulement à nettoyer Kinshasa, mais aussi à changer durablement son visage. Car le véritable pari de Tshisekedi n’est peut-être pas seulement de rendre Kinshasa propre. Il est aussi de prouver qu’une jeunesse hier considérée comme perdue peut, demain, devenir une force au service de la République. Des Kuluna d’hier aux bâtisseurs d’aujourd’hui, si cette transformation tient ses promesses, le nettoyage de Kinshasa aura alors pris une dimension bien plus profonde celle d’une République qui ne se contente plus de punir, mais qui réinsère, responsabilise et donne une seconde chance.
BL
